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jeudi 1 novembre 2007

Obsession


J’allume une cigarette.
Ma copine vient à peine de partir et c’est la première chose que je fais.
Des fois je me dis que fumer, c’est pour moi comme pour respirer : si on y pense pas, on le fait inconsciemment.
Prenez conscience que vous respirez. Maintenant, vous allez vous sentir obliger de vous contrôlez : inspirer, expirer, recommencer… Jusqu’à ce que votre organisme prenne le relais sans votre aide.
Maintenant, retenez-vous, empêchez vos poumons d’aspirer l’air dont ils ont besoins. Vous ne tiendrez pas. Craquez, inspirez de grandes bouffées d’oxygènes. Savourez-les. Vous en avez besoin et c’est gratuit.
Je souffle un nuage de fumée et je le regarde se dissiper.
La noyade doit être la plus horribles des morts.
Je m’effondre dans le canapé (encore chaud, on y devine sans problème les formes de ma copine) et allume la télévision.
Il est presque minuit, mon studio est plongé dans le noir. La seule lumière vient de l’écran de la télé et des brèves rayures jaunâtres des phares des voitures qui filtrent à travers les persiennes. Je ne suis vêtu que de mon pantalon, de ma montre, et d’une cigarette entre mes lèvres.
Rien de ce qui passe à la télé ne m’intéresse. Je zappe. Je zappe. J’arrête.
Je me traîne jusqu’à mon ordinateur, m’assied sur la chaise en bois inconfortable, et me connecte sur Internet. Je pose ma cigarette dans un cendrier et boit le fond d’un verre de coca tiède.
La première chose que je fais sur le net, c’est consulter les derniers commentaires laissés sur mon blog.
Je tire une bouffée sur ma clope avec délice. Même si je me dis que je devrais arrêter.
J’ai déjà essayé auparavant, je me suis même informé pour obtenir de l’aide. Le message général que j’ai retenu, c’est qu’arrêter de fumer développe d’autres dépendances.
Vous aurez toujours besoin d’avoir quelque chose en bouche, même un cure-dent.
Vous aurez du mal à vous empêcher de grignoter.
Ou de boire, ou de remuer.
Au final, qu’est ce que j’y gagnerai ? Quelques années de plus à vivre frustré ? Non, merci. Sans façon.
J’écrase ma cigarette dans le cendrier.
Je baille et m’étire, je fais craquer mes doigts un à un. Je mets un peu de musique, doucement, pour combler le vide sonore qui règne en maître dans mon studio. Je passe devant le frigo et prends une canette, puis je retourne devant mon ordinateur. Aucun commentaire n’est vraiment intéressant sur mon blog, mais je suis content d’en avoir reçu deux nouveaux.
J’ai envie d’une autre cigarette, avant d’aller dormir… Je glisse mes doigts dans mon paquet, ils touchent les bords, le fonds, et ne trouvent rien.
Merde. Je voulais juste une dernière clope. Je me lève et me précipite à la fenêtre. J’écarte deux lattes des persiennes. Même le café du coin est fermé. Je m’écroule sur mon siège en râlant. Je surfe sur le net en essayant de ne pas penser à la cigarette.
Retenez votre souffle, craquez. Votre organisme prendra le relais.
Je tapote nerveusement la table du bout des doigts, les pages web défilent sans que j’y prête vraiment attention. Mon dos me chatouille. Je m’enfonce sur mon siège pour me gratter contre le dossier.
Quelque chose craque, je sens une vive douleur.
Je bondis de ma chaise et regarde le dossier. Rien. Il est intact. Mais j’ai mal au milieu du dos. Je tords mon bras pour essayer de trouver une éventuelle plaie et tâte du bout des doigts.
C’est à ce moment que quelqu’un attrape ma main.
Je ne peux me retenir de hurler de surprise et de douleur. Je me débat, tourne sur moi-même et envoie de violent coups de poing dans le vide, cherchant à frapper l’inconnu qui sert ma main de plus en plus fort.
J’ai beau tourner, il n’y a personne derrière moi. Je dois ressembler à un chien qui veut attraper sa queue.
La douleur commence à naître dans mon bras, je prends conscience qu’une pression à peine plus forte pourrait suffire à déboîter mon épaule. Je sais mon poignet avec ma main libre et tire. Ma main est libérée, mais la douleur dans mon dos reste insupportable. Je me précipite dans la salle de bain pour constater les dégâts. J’allume la lumière, mes mains sont intactes. Je me retourne et me tord le cou pour voir mon dos dans le miroir. Je ne peux pas croire ce que je découvre.
Au milieu de mon dos, une main s’agite, se tortille dans tous les sens et cherche à attraper tout ce qui est à sa portée.
Je suis pris de convulsions, et je n’ai pas le temps d’atteindre les toilettes pour y vomir.
Je perds l’équilibre et tombe par terre, un bras dans ma gerbe. Je sanglote. Est-ce un rêve ? Je veux me réveiller ! J’ai mal !
Je me traîne jusqu’au canapé du living, je reste assis par terre, les genoux contre ma poitrine, encadrés par mes bras. J’enfuis ma tête dans mes bras et essaye de me convaincre que je rêve, ce n’est pas réel. Ca ne peut pas l’être, même si j’ai mal.
Je veux me réveiller. Je veux m’endormir
Pour me réveiller.
Je tremble, pleure, j’aimerai une cigarette.

J’ouvre les yeux. Le soleil déverse une lumière blafarde dans mon studio. J’inspire, j’expire, je recommence. L’envie de clope est forte. J’étouffe. Je devrai arrêter. Même si s’empêcher de fumer développe d’autres dépendances.
J’ai passé la nuit assis par terre, et quand j’essaye de me redresser, j’abandonne et me replie sur moi-même, anéanti.
Des dizaines de mains et des centaines de doigts s’agitent dans mon dos.

vendredi 26 octobre 2007

Secret Anger (réedit)

« Fuck You »

« Moi aussi je t'emmerde, je vous emmerde tous autant que vous êtes !J'emmerde cette ville et tous ces habitants.
J'emmerde les zonards qui font la manche aux feux rouges et qui s'foutent de ma gueule dès que j'ai le dos tourné.J'emmerde ce mec avec son chiffon qui prend un malin plaisir à saloper mon pare brise. Trouve un boulot connard !
J'emmerde les sikhs et les Pakistanais qui conduisent à fond la caisse des taxis en ruines et qui empestent le curry par tous les pores de leur peau, tous des terroristes en puissances; ROULEZ MOIN VITE PUTAIN!J'emmerde les p’tits mecs de Chelsea avec leurs pectoraux épilés à la cire et leurs biceps gonflés aux hormones, qui se taillent des pipes dans les allées de MES parcs ou sur MES quais et que je retrouve la nuit la queue à l'air dans MA TELE.
J'emmerde les épiciers Coréens avec leur pyramide de fruits au prix du caviar, leurs tulipes et leurs roses emballées dans du plastique ; 10 ans qu'ils sont là et « toujours pas bien comprendre ».
J'emmerde les russes de Brittenbeach, ces mafieux qui passent leur temps aux terrasses des cafés à siroter du thé dans des p’tits verres, en suçant des morceaux de sucres. Toujours à chercher des combines pour leur petits trafics ; mais rentrez dans votre putain de pays !
J'emmerde les hassidim avec leur petite calotte noire qui déambulent en permanence sur la 47e rue, dans leur costard de merde, les épaules couvertes de pellicules et qui vendent des diamants sud-africains du temps de l'apartheid.
J'emmerde les brokers de Wall Street autoproclamés « maîtres de l'univers », tous ces Michael Douglas alias Gordon Geko à la mord moi le noeud, qui inventent chaque jours de nouveaux moyen D’EXPLOITER les pauvres et mieux PILLER la planète, TOUS CES ENCULES de chez Enron méritent d'aller en tôle jusqu'à la fin de leurs jours et d'y CREVER ! Et Bush et Cheney, ils n'étaient pas au courant peut-être ? Ils nous prennent vraiment pour des cons ! !
J'emmerde les Portoricains entassés à 20 dans leur bagnole, qui cumulent les allocs et qui nous gonfle chaque année avec leur carnaval à la con. Et alors surtout ne me brancher pas sur les Dominicains parce qu'en comparaison les Portoricains c'est des dieux.
J'emmerde les Italiens de Bensonhurst avec leurs cheveux pleins de gomina, leurs survêtements de merde en synthétique, et leur médaille de St Antoine, qui ne peuvent pas aligner 3 mots sans brandir leur bâte de baseball dédicacée et qui rêvent tous de jouer un p'tit rôle dans les Sopranos.
J'emmerde les vieilles friquées du Humberside avec leur foulard Hermès et leurs artichauts de chez malaguti à 50 dollars pièces, qui passent leur temps à se faire tirer la peau à coup de lifting, stretching et autres conneries de ce genre. C'est de l'argent foutu en l'air, tu bluffes personne chérie.
J'emmerde les blacks de Harlem, ils passent jamais un ballon, ils veulent pas jouer défensif, ils font systématiquement 5 pas avant de tirer et quand ils loupent le panier, ils se retournent en hurlants que tous ça c'est la faute des blancs.L'esclavage a été aboli il y a exactement 137 ans, alors mettez vos putains de montres à l'heure nom de Dieu !
J'emmerde ces pourris de flics qui enculent leurs suspects avec leur matraque ou qui leur plante 41 balles dans le corps, bien protégés derrière le mur bleu du silence. Vous trahissez notre confiance !
J'emmerde les prêtres qui tripotent les gosses innocents avant d'aller dire la messe. J'emmerde l'église qui les protègent, elle qui prétend nous délivrer du mal, et pendant qu'on y est J’ENMERDE Jésus qui s'en est pas si mal tiré, un jour sur la croix, un week-end en enfer et la gloire éternelle avec les anges qui lui chantent de beau cantiques. Mais vas y toi passer sept ans à la prison d'Otisville toi Jésus !
Et j'emmerde Oussama Ben Laden, Al Qaida, ces hommes des cavernes et tous les connards intégristes où qu'ils se trouvent. Au nom des milliers d'innocents massacrés, je prie pour que vous cramiez en enfer pour l'éternité dans une carlingue d'avion en flamme, vous et vos soixante-douze putes. Avec vos torchons sur la tête vous êtes tout juste digne de baiser mon royal cul d'Irlandais
J'emmerde Jakob Elinsky geignard frustré, j'emmerde Francis Xavier Slaughtery, mon meilleur ami, qui me juge en matant le cul de ma femme.J'emmerde Naturelle Riviera, je lui avais donné ma confiance et elle m'a poignardé dans le dos. Je vais passer sept ans en cabane à cause de cette salope.J'emmerde mon père veuf inconsolable qui passe sa vie derrière son bar à siroter de l'eau gazeuse et à vendre du whisky aux pompiers en acclamant les New York Yankees.
J'emmerde cette ville et tout ces habitants.Des pavillons d'Asturias aux terrasses de Park Avenue, des logements sociaux du Bronx aux lofts de Soho, des meublés d'Alphabet City aux immeubles en pierres de tailles de Park Soho aux duplex de Staten Island, qu'un tremblement de terre les rases, que des incendies les réduisent en cendres et que le niveaux des eaux montent jusqu'à engloutir toute cette ville et tous les rats qui s'y terrent.
Non, non je t'emmerde toi, Montgomery Morgan. Tu avais toutes les cartes en mains et tu t'es démerdé pour tout foutre en l'air. »
(Extrait du film "24h avant la nuit" de Spike lee.)

mardi 23 octobre 2007

Floatting Dream



Mon rêve qui flotte

Il existe une maladie qui peut vous anéantir aussi efficacement qu’un cancer. Vous pouvez l’attraper partout : en faisant la file au supermarché, en lisant un livre, en roulant en voiture ou en vélo,… Ou en attendant votre bus sous la pluie. Elle peut se déclarer au long d’une pénible nuit blanche, ou pendant un repas de Noël ennuyeux. Ses symptômes sont propres à chacun, tout comme son évolution. Elle peut vous changer à jamais, vous empêcher de sourire, vous plonger dans une sinistre psychose, ou tout simplement vous tuer.
Ne vous inquiétez pas, vous ne risquez pas de l’attraper puisque vous l’avez déjà.
Je l’ai aussi, je la sens. Comme une crampe qui brûle vos entrailles. Comme des caillots de sang qui bouchent vos artères sclérosées. Comme un poing se refermant sur votre cœur, l’empêchant de battre. Oh. Je l’entends aussi, elle me parle. Vous pouvez facilement la reconnaître dans l’ombre que creuse chacun de mes sourires, dans les paysages ténébreux que je contemple sans jamais voir.
J’entends dans ma tête des voix qui me proposent le suicide comme une alternative aussi séduisante qu’un aspirateur tout neuf. Je vois la bouche souriante de monsieur télé-achat qui se plie, ses lèvres qui se retroussent et qui exhibent sa dentition impeccable, du blanc qui scintille, une langue qui s’agite et dit : « finis les problèmes ! »
Et je pourrais bondir sur le téléphone, le coller contre mon oreille et mettre fin à mes soucis.
«… L’aspirateur est là pour vous, confirmez votre demande en appuyant sur… »
Il y aurait cette détonation, la sensation apaisante de l’os qui craque, de la balle qui creuse un sillon dans mon crâne avant d’éclater comme un soleil sur la vitre, rouge de sang et de cervelle.
Oh. Ce serait terminé.
La langue parfaite de monsieur télé-achat pourlèche ses lèvres et dit : « Appelez dès maintenant et recevez un bonus. »
Impossible, je ne peux pas. Il y a encore quelque chose qui m’en empêche. Une force qui me retient comme des mains crochues dont je ne saurai me dégager. Je ne peux pas me flinguer. Je peux seulement respirer, manger, dormir… Certains n’ont même pas droit à ça.
Il cesse de pleuvoir, on entend au loin le ronronnement d’un bus qui glisse sur les flaques d’eau. Je me lève, ce n’est pas le mien, je reprends mon siège, seul parmi d’autres gens qui attendent, avec monsieur télé-achat qui me présente d’autres produits.
J’ai attrapé cette maladie, d’autres se sont montrés plus malins : je hais la pipelette assise à côté de moi, avec son petit tailleur chic et sa chevelure de fausse-blonde qui dégringole en boucles dans sa nuque, l’attention absorbée dans une conversation téléphonique « privée ».
« … Oui mais t’vois hier l’avait pas l’air dans son assiette t’ vois ? Car c’qu’il m’a dit, franch’ment, j’crois que c’tait à cause de c’qu’lui avait fait Clara t’vois ? … Oui-oui, j’t’assure, il tient beaucoup à elle, c’pas comme pour Sophie t’vois ? J’crois qu’ils ont couchés ensemble t’vois ?... p’t’être oui, t’vois t’vois t’vois ? »
Je hais ce jeune debout devant moi, avec son sac trainant comme un chien à ses pieds, avec son bonnet descendu jusqu’aux sourcils, avec le chaume de barbe provocante esthétiquement mal-rasée, avec sa musique hurlant dans ses oreilles torturées.
Je hais tous ces gens satisfaits, tout sourire pour ci ou pour ça, je hais aussi profondément tous ces faiblards qui fuient dans l’alcool ou les drogues, toutes formes confondues.
Je hais la notion inventée et imposée du bonheur. Je hais le nombrilisme de l’homme, le narcissisme que nous inculque les médias, eux qui créent nos rêves dans des métaphores télévisée. Je hais, je plains et je maudis tous ceux qui y croient !
Les lèvres de monsieur télé-achat s’étirent et s’arquent en un sourire. Je hais monsieur télé-achat. J’aimerai avoir le pouvoir de détruire tout ce que l’homme a construit. Voir les montagnes reprendre leurs droits sur les gratte-ciels, voir les rivières imposer leur toute puissance sur les rues et les canaux, voir les autoroutes se craqueler et disparaitre dans une brousse verdoyante.
A l’aide. Je hais. Je hais. Je hais.
J’ai attrapé cette maladie, d’autres ont été plus malins : ils me l’ont transmise.
On ne peut pas vaincre ce cancer, on peut seulement l’endormir. Mais comme un volcan, on ne peut pas l’empêcher de gronder.
L’autre parade contre ce démon est donc de le transmettre. Il suffit de devenir l’acteur irritant de la vie d’un quidam. Bousculez-le, soyez désagréable, irrespectueux, stéréotypé, ou tout simplement con. Trouvez-vous un rôle et soyez mauvais acteur : soyez la blonde à la mèche enroulée autour de l’index et aux factures téléphoniques exorbitantes ; soyez la racaille qui n’a rien à dire mais le dit fort ; soyez le playboy arrogant ; le vieux raciste grippe-sou ; le connard du font de la classe ; le gothique dont seuls les vêtements sont noirs… Oubliez le mot Individu. Soyez l’icône d’une identité gâchée, il vous méprisera, mais vous serez gagnant. Vous pourrez vous estimer guéris, petits veinards, maintenant vous pourrez sourire, maintenant vous pourrez rire.
Vous serez tous en orbite autour de ma planète, misérables cailloux me masquant le soleil
Concentrez-vous sur votre rôle, n’en sortez jamais, soyez les acteurs de ma vie amère. Soyez un reflet réfléchi à l’infini. Devenez aussi lisse que la peau d’un nouveau né sur laquelle je serai comme une verrue. Je serai votre guérisseur. Je vous aurai rendu meilleur sans même le vouloir. Grâce à moi, vous vous sentirez tellement bien, tellement normaux. Vous voudrez me chasser, me faire du mal, me voir mourir sous vos yeux, moi qui aura troublé vos vies déjà terminées. Vous pourrez même m’appeler Jésus. En silence je porterai vos péchés et leur poids m’obligera à ramper. Vous me tuerez, mais vous m’aimerez, et je ressusciterai, oh, immortel.
Je me lève, mais pas pour prendre mon bus. La femme au téléphone me regarde distraitement. Je m’avance en claudiquant sur le trottoir, et m’engage dans la rue. Une fois arrivé au milieu, je m’arrête. J’écarte les bras et me laisse tomber en arrière. Ma tête heurte lourdement le bitume, au milieu d’une flaque d’eau glacée. L’explosion qui retentit dans mon crâne couvre la voix de monsieur télé-achat.
Je suis mort. Peut-être.
Derrière moi, des yeux s’arrondissent, la femme au tailleur chic éloigne le téléphone de son oreille et plaque une main sur sa bouche. La mâchoire du jeune homme tombe lentement tandis qu’il retire ses écouteurs.
Je ferme les yeux. Ils se précipitent vers moi. J’entends le crissement des pneus d’une voiture qui freinent à côté de moi. J’incline la tête. J’ouvre les yeux.
Au bord de la route, derrière une clôture branlante, un sapin me contemple. Je ne vois que son reflet ondulant dans une flaque, serein et noir, flottant dans un ciel céruléen.
Des mains m’effleurent. « Vous allez bien monsieur ? »
Vous voulez dire, est-ce que je me sens mieux ?
Je ne sais pas, mais pour l’instant, le monde que je vois ne m’a jamais semblé aussi beau.

Vulnérable et mortel


C’est l’histoire d’un échec comme on en voit tous les jours.
C’est l’histoire si commune d’un homme devenu vulnérable, d’un mortel ayant perdu son job, d’un père de famille décidant de garder son problème pour lui, empruntant l’ancienne route du boulot comme jadis, ne sachant trop où aller.
Les premiers jours, il les passe assis au fond d’un bus. La tête appuyée contre une vitre froide à travers laquelle il observe des milliers de vies se mélanger comme dans un kaléidoscope.
Des enfants que la main protectrice de leur mère emmène à travers les rues hostiles d’un monde que leur innocence leur cache.
Des amoureux enlacés, tête contre tête, croyants vaincre de tous les obstacles en s’aimant. Ignorants qu’ils les retrouveront quand cette drogue les aura abandonnés.
Des hommes en costume marchants au milieu de la foule. Un téléphone à l’oreille. Le regard fixé sur un rêve. Aveugles au monde invisible qui les entoure, qui remplit leurs poumons. Un monde qui étouffe derrière les panneaux d’affichages ou dans l’odeur des pots d’échappements…
C’est en se reconnaissant dans ces étrangers qu’il fait le point sur sa vie. La culpabilité le ronge, ce goût de métal en bouche, ce goût de sang ruisselant d’une blessure secrète. Qu’allait-il dire à sa petite famille si parfaite ?
Les jours suivants, il commence à s’aventurer dans des endroits plus sombres. Au détour des rues autrefois si colorées, des ruelles tristes semblent l’appeler. Il rentre à la maison tard le soir, crasseux et empestant l’alcool. Quand il se couche, il ferme les yeux et rêve de dormir, mais des doigts le montrent, des sourires le narguent, des ricanements grinçants le percent comme des flèches. Il se retourne, frissonne, et ne trouve pas le sommeil.
A la maison, personne ne dit rien. Sa femme lave ses vêtements sans un mot. La présence si chaleureuse de son mari n’est plus qu’un courant d’air froid qui lui glace les os. Elle s’inquiète, mais reste muette. Elle continue à croire qu’elle est heureuse.
Les gosses se renferment de plus en plus dans leur petit univers pour se convaincre que papa va bien. Papa est comme d’habitude.
La famille va bien.
Plus les jours passent, plus il multiplie les expériences. Il rentre avec des bleus et des blessures au visage, sa chemise maculée de sang.
Et il a ce petit sourire aux lèvres, plein de joie morbide. Pour la première fois de sa vie, il se sent vivre. Il comprend ce que c’est que d’être un homme. Il prend conscience de ce dont il est capable. Il peut courir pendant des heures pour sa vie, il peut se battre pour posséder, il peut baiser d’autres femmes pour le plaisir, il peut les baiser même si elles pleurent et l’implorent.
Il peut tuer pour le plaisir.
Il réalise que sa vie n’est qu’une perte de temps. Les études ? Ah ! Quelle blague ! Les règles de conduite, les bonnes manières, le confort, les factures, le nouvel an et tout le reste. Tout ce qui lui tenait a cœur pendant tellement longtemps… Tout ça, c’était que des conneries.
Et puis un jour il se dit qu’il a tout essayé, et qu’il lui reste son ultime pouvoir. La preuve de son libre arbitre. La preuve que le destin n’est pas écrit. La preuve que tout est entre ses mains.
Le pouvoir de mettre fin à sa propre vie, prétendu résultat d’une volonté divine.
Il va envoyer Dieu se faire foutre.
Une balle dans la tête ?
Trop rapide.
Il veut lutter avec la mort, la voir en face, se voir mourir…
La pendaison se présente comme le meilleur choix.

vendredi 5 octobre 2007

Hope

I saw my tears in your eyes

You saw your Tears in mine

We watch it burn together

I saw my fears in your eyes

You saw your fears in mine

we watched it burn together

watched it burn

burn

yeah burn

All is forgiven