Je suis. "Je suis", ces deux mots sont fascinants, si courts, si concis et pourtant si lourds de significations. Ils peuvent décrire un état physique, un état psychologique et plus que tout, décrire ce que nous sommes.
Et bien alors à présent, je suis mort et je suis perdu. Car je ne sais pas ce que je suis.
Jusqu'à maintenant j'ai toujours porté un masque, qui me servait à survivre dehors, comme une bonbonne d'oxygène qu'on emmène avec soi pour plonger profondément dans les eaux noires.
Il me permettait d'être ce que je devais être en temps et en moment voulu. Et puis tout doucement, ce masque cessa de remplir sa fonction première, c'est à dire : me donner un semblant de vie, pendant que moi, je mourais.
Ce masque finit par ne plus me quitter, ainsi je pouvais toujours rester déconnecté de la réalité, plus rien ne pouvait m'atteindre, que ce soit mon échec scolaire, social ou personnel. Je pouvais rater mon année, mes parents pouvaient divorcer, mon père pouvait se jeter du cinquième étage, tout cela m'était égal.
En somme, je me séquestrais moi même dans un monde d'indifférence, difficile d'expliquer ce comportement. Déjà étant petit, que ce soit en voyageant ou en restant tout simplement chez moi, j'ai pu observer et ainsi déduire que le monde était laid, ou du moins défiguré par des cicatrices trop profondes, pour que je ne puisse daigner m'intéresser à lui.
Ma première passion fut les jeux vidéo, puis vinrent les films ainsi que, peu après, les livres. En somme, tout ce qui pouvait stimuler mon imagination et me cacher la réalité me captivait.
Ensuite je grandi, je devais pendre mon bus seul pour aller à l'école et donc, forcément, devoir m'immerger dans une foule hystérique composée de schizophrènes. Des personnes introverties, voire transparentes en public, puis excentriques et démentes une fois arrivées dans leur groupe l'instant d'après.
C'était fascinant de voir ces gens évoluer dans la foule avec un masque vide de toute expression, puis celui-ci s'animant tout d'un coup, avec un éclat ardent une fois en contact avec un visage familier, un autre masque.
Je me moquais des habits excentriques, grunges, gotiques, racailles, tous ces déguisements qui finalement reflétaient un désespoir face à un besoin d'être différent, semblant oublier que personne n'est pareil. Nous ne sommes peut-être que des grains de sable, mais le vent nous emporte tous différemment.
Ca me semblait limpide à l'époque, jusqu'à ce que je fasse comme tout le monde, porter le masque. Ainsi, je me laissais me vider peu à peu, jusqu'à ce que je ne devienne pas plus animé qu'un mannequin, une marionnette, un automate dans lequel il resterait tout de même encore un semblant de libre arbitre.
Et maintenant: Qui suis-je ?
Je ne comprends même plus cette question. Qu'est-ce qui définis ce que je suis, qu'est ce qui me rend unique? Qu'est ce qui fait que je suis moi. A présent que ne je ne vois plus à travers un masque, que dois-je voir? Que dois-je chercher?
Si j'ai l'impression d'être mort, il me reste tout de même cette sensation brûlante, que je dois avoir pour exister.
Qui suis-je. Auparavant, si on m'avait posé la question, j'aurais instantanément répondu mon nom et mon nom de famille. Mais un nom, ce n'est qu'un signe distinctif, un symbole attribué par nos parents le jour de notre naissance.
Qui suis-je? Cette fois-ci, en réfléchissant un peu, j'aurais dit que je suis un étudiant. Mais ce n'est qu'une distinction sociale, qui ne répond en rien à la question.
Qui suis-je? Un garçon, ayant 19 ans, et avant tout un humain! Non, ça ne répond pas à la question encore une fois, ce ne sont que des étiquettes. Ces étiquettes ne me définissent pas, elles ne servent qu'à me différencier. Ne suis-je pas autre chose qu'une série d'étiquettes?
J'existe en dehors de ces étiquettes, je ne suis pas façonné, en dehors, je suis bien plus que tout ça. Je suis moi.
C'est une réponse et mille questions, retour à la case départ, qu'est ce qui définit cet inconnu "moi"? Plus qu'une question, c'est une quête, une quête de toute une vie, pour laquelle on pourrait mourir sans même avoir pu ne serait-ce qu'apercevoir son ombre avant d'avoir rendu son dernier souffle.









lundi 25 août 2008
In memoriam
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